Le sac de rancune

 Pauvre femme! Où vas-tu ainsi, à pas traînant, courbée, gémissante, écrasée par ce gros sac bizarre qui te meurtrit les épaules? Qu’y a-t-il de si précieux dans ce sac? Ne peux-tu défaire les courroies qui l’attachent à ton dos? Est-ce du pain pour tes enfants? Est-ce un trésor de blé, d’argent, de vêtements, que je vois transporter à si grande peine?

Ce sac, ah! Oui, il est précieux, répond-elle. C’est le sac de mes rancunes. À aucun prix, je ne m’en déchargerais. Ses angles et ses pointes s’enfoncent entre mes omoplates; l’odeur aigre qu’il exhale m’écoeure. Il empoisonne ma journée. Avec ce poids que je sens chaque minute, il faut encore faire mon travail, mon devoir...

Mais coupe donc les courroies!

Avec quoi les couper? Elles m’entrent dans la peau!

Coupe-les avec un seul mot qui tranche comme une lance: " Je pardonne ". Le sac tombera. Dis un second mot magique: " J’oublie ". Le sac se dispersera par miracle en une fumée.

Mais elle aime mieux son sac, son précieux sac, et elle s’en va gémissante et courbée...

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